Physiologie du chien de sport et de travail

Introduction

L'effort physique provoque chez le chien un certain nombre de modifications psycho-physiologiques qu'il convient de prendre en compte afin d'optimiser ses performances et de prévenir l'apparition de pathologies associées.


Comment ça marche ?  

Lors d'un exercice physique, le rythme cardiaque s'accélère (jusquà 300 battements par minutes chez certains chiens) afin d'envoyer plus rapidement vers les tissus l'oxygène transporté par le sang. En effet, un apport suffisant en oxygène est indispensable au bon fonctionnement du muscle. Cet apport dépendra essentiellement de la capacité maximale du chien à consommer de l'oxygène ('VO2 max'). Cette VO2 max est en premier lieu conditionnée par des facteurs génétiques (les chiens de traîneau lignée travail atteignent fréquemment une VO2 max supérieure à 200ml/min/kg, contre moins de 100ml pour la majorité des chiens de race bergère), mais aussi par des facteurs extérieurs, comme l'alimentation ou l'entraînement. 

L'activité musculaire résulte d'une production d'énergie. Les micro-éléments contenus dans les fibres musculaires interagissent pour permettre la transformation de l’énergie chimique contenue dans les aliments (nutriments) en énergie mécanique (action de contraction du muscle). Pour en arriver à ce résultat, l’organisme du chien doit d’abord synthétiser une molécule appelée ATP (adénosine tri-phosphate). En situation d'effort maîtrisé, la synthèse de l’ATP nécessite la présence d’oxygène et se fait principalement à partir des apports en glucose (glucides) et en acides gras (lipides) de l’alimentation. L’ATP est LA molécule qui convertit effectivement l’énergie chimique des nutriments en énergie mécanique. La difficulté de l’opération réside dans le fait qu’une molécule d’ATP ne peut servir qu’une seule fois. L’organisme doit donc en synthétiser en permanence, d’autant plus rapidement que l’effort musculaire est intense et la dépense énergétique importante.

Pour produire de l’énergie pendant l'effort, l'organisme a trois possibilités.Il peut d'abord utiliser le mode anaérobique (= sans oxygène) analactique (=sans production d'acide lactique). Ce mode de production d'énergie survient au début d'un effort violent et ne peut de toute façon se poursuivre au delà de 3 ou 4 secondes. La seconde possibilité est dite mode anaérobique (= sans oxygène) lactique (= avec production d’acide lactique) : ce mode se met en place lorsque le muscle n’est pas ou plus suffisamment approvisionné en oxygène et qu’il ne peut donc pas ou plus convertir lipides et glucides en ATP. Il va alors aller puiser dans ses propres réserves une substance apparentée au glucose appelée glycogène (forme de stockage des glucides au niveau du foie et du muscle), qui ne nécessite pas d’oxygène pour être converti en ATP. Cette réserve de glycogène (sucres complexes) est très faible et son utilisation génère la production d’acide lactique, qui est un déchet énergétique toxique. Enfin, la dernière possibilité de production d’énergie est appelée mode aérobique (= avec oxygène). C’est le mode qui s'installe et se maintient lorsque l'effort est maîtrisé (atteinte du 'plateau'). En mode aérobique, le chien métabolise les lipides et les glucides pour les convertir en ATP, chaque molécule de glucose ou de lipide exploitée par l'organisme induisant au passage la consommation de molécules d'oxygène. Or,  dans ce mode de fonctionnement, une molécule de glucose produit 39 ATP alors qu’une molécule d’acide gras en produit 129. Voilà pourquoi les aliments pour chiens sportifs ont un taux de glucides inférieur à la moyenne et, à l'inverse, un taux de lipides supérieur à la moyenne. En mode aérobique, les déchets énergétiques (CO2, eau) sont naturellement éliminés ou réutilisés par l’organisme. Pour atteindre le stade aérobique (effort maîtrisé), une phase d’adaptation à l’effort doit avoir lieu, d’où l’importance de faire s’échauffer le chien avant le début de chaque exercice physique.

Contrairement à l’organisme humain, qui tire l’essentiel de son énergie des glucides (sucres), l’organisme canin tire l’essentiel de son énergie des lipides (graisses). Le chien, et en particulier le chien sportif, doit donc en consommer en quantité importante, car les lipides sont le carburant dont il a besoin pour ses activités physiques. Les lipides apportent au chien 2,25 fois plus d’énergie (calories) que les protéines ou les glucides (9 kcal pour 1 gramme de lipide contre 4 pour 1 gramme de glucide).
Mais les protéines sont elles aussi indispensables à l’organisme du chien, comme à celui de l’homme. Dans le cas du chien sportif, elles doivent être d’excellente qualité (hautement assimilables) et données en quantité élevée. Le rôle premier des protéines n’est pas de fournir de l’énergie mais de construire et de réparer les tissus musculaires et, plus largement, de régénérer les cellules de l’organisme quotidiennement abîmées. Les protéines sont donc les bâtisseurs du corps : sans elles, il s’effondre. Le capital musculaire du chien sportif étant mis à rude épreuve, on comprend vite l’intérêt d’un régime à haute valeur protéique pour ce dernier.
Lorsqu’on parle d’efforts et d’activités sportives, il est un facteur à ne surtout pas négliger : l’oxygénation des tissus, qui permet de maintenir l’effort sans fatigue ni douleur. Les premiers signes de fatigue (essoufflement, déperdition de force, crampes) surviennent lorsque l’oxygène véhiculé par le sang commence à manquer. Pour cette raison, on doit considérer comme néfaste l’administration des glucides (à l’exception du fructose) aux chiens sportifs : comme on l’a vu, les molécules de glucose (glucide transformé par l’organisme) produisent peu d’énergie, mais elles consomment beaucoup d’oxygène. Il est donc important que l’alimentation du chien sportif soit non seulement riche en lipides et en protéines, mais aussi très pauvre en glucides. Pour favoriser la bonne oxygénation des tissus musculaires, on veillera à fournir des nutriments qui améliorent la circulation sanguine et donc la circulation de l’oxygène transporté dans le sang, comme les acides gras omega 3 et la vitamine PP (niacine).
Il est également primordial de maintenir un taux d’hydratation constant dans l’organisme du chien pendant et après l’effort : l’eau est indispensable à l’élimination des déchets énergétiques (un muscle qui « chauffe » rejette un certain nombre d’éléments dont certains se révèlent nocifs s’ils ne sont pas évacués par l’organisme). L’eau est aussi le principal constituant du muscle : un muscle, comme toutes les cellules de l'organisme, est composé en moyenne à 70% d’eau, 20% de protéines et 10% de graisses.
L’alimentation du chien sportif doit donc fournir à la fois un maximum d’énergie et tous les éléments capables d’exploiter au mieux ce potentiel énergétique, le tout dans une ration de faible volume, afin d’éviter les surcharges et les risques d’accident qui y sont associés plus ou moins directement (torsions d’estomac, claquages, entorses, syncope etc.).
Parallèlement à la dépense énergétique qu’elle suppose, l’activité sportive impacte l’ensemble du squelette du chien : des compléments alimentaires comme la chondroïtine et la glucosamine, déjà naturellement présentes dans les os et les cartilages mais qui ont tendance à diminuer avec l’âge, favoriseront la protection et la régénération des cartilages articulaires.


 Prévention des accidents et pathologies de l'effort

Torsions d'estomac, arthrose, claquages, entorses, ruptures ligamentaires, hypertrophie cardiaque : voici les risques encourus par un chien actif dont l'entraînement, l'alimentation ou les soins seraient inadaptés à sa physiologie.

Le chien actif doit bénéficier d'une alimentation non seulement spécifique à l'effort, mais encore spécifique au type d'effort qu'il entreprend. Si un 'ringueur' effectuant 3 à 4 entraînements par semaine peut se satisfaire d'une alimentation équilibrée à 28-30% de protéines et 18-20% de lipides (contre environ 20-22% de protéines et 10-12% de lipides pour un chien sédentaire), un chien de traîneau parcourant quotidiennement dans le froid vingt à trente kilomètres au trot aura besoin d'un aliment à teneur en protéines comprise entre 35 et 40% et à teneur en lipides à peu près équivalente. L'alimentation devra également tenir compte des périodes d'activité : aliment d'entretien de bonne qualité en période de repos, ration de travail en période d'entraînements ou de compétitions.

Selon le mode d'alimentation choisie (aliments secs, rations ménagères), des compléments alimentaires seront à ajouter à la ration pour favoriser la combustion des graisses (L-Carnitine), fournir à l'organisme une source d'énergie immédiatement disponible (Acides Gras à Chaîne Courte, comme l'huile de Coprah) ou protéger les tissus et les articulations (anti-oxydants, chondroïtine etc.). Si vous nourrissez votre chien à base de viandes crues (viandes recommandées : canard et poissons gras), il sera inutile, voire néfaste, de lui administrer de la L-Carnitine ou des anti-oxydants (la Carnitine et les anti-oxydants sont naturellements présents en grande quantité dans la viande crue). Vous devrez en revanche veiller à apporter à votre animal des éléments essentiels à la bonne assimilation des nutriments, comme les fibres solubles et le fructose (contenus dans les fruits), de la vitamine B (B9 ou acide folique en particulier) et des acides gras essentiels (huile de foie de morue, huile de colza, huile de pépin de raisins etc.). Comme indiqué dans la rubrique 'alimentation naturelle et alimentation industrielle', élaborer le menu d'un chien sportif est délicat : si vous nourrissez votre animal de façon naturelle (aliments frais non transformés), il est très fortement conseillé de demander conseil à votre vétérinaire, à moins que vous n'ayez vous-même d'excellentes connaissances en nutrition animale. Les conséquences d'une alimentation inadaptée ou déséquilibrée pour le chien actif sont désastreuses sur ses performances et sa santé à plus ou moins brève échéance.

L'entraînement de l'animal doit lui aussi être abordé de façon rationnelle. Pour développer et conserver les capacités physiques du chien, il est primordial d'augmenter progressivement mais régulièrement l'intensité et la durée de l'effort. Cette règle de base permet d'optimiser peu à peu le rendement cardio-respiratoire. Pour les chiens régulièrement soumis à des efforts violents de courte durée (sprint des lévriers de course, 'attaques' du ringueur ou du chien d'intervention, agility etc.), la méthode d'entraînement la plus utilisée et la plus efficace consiste à alterner des phases d'effort bref et intense avec des phases de récupération incomplète. L'organisme apprend ainsi à 'récupérer' plus rapidement et la masse musculaire augmente. A l'inverse, pour les chiens soumis à des efforts modérés sur du long terme (canicross, course de traîneaux, chasse, pistage), l'entraînement consistera plutôt à faire courir ou trotter le chien sur une longue distance, en ménageant entre les exercices des périodes de récupération complète. L'organisme du chien augmente ainsi sa capacité à consommer et utiliser l'oxygène.

Sources documentaires ayant servi à la rédaction de cet article :

http://www.bogeyman.org/

 

http://publications.royalcanin.com/

  

http://technicalim.ifrance.com/technicalim/dossier_sportif.htm

 

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